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Ile Maurice – Quel socialisme? Le Parti Travailliste et la lutte des classes

Nous voulons lancer le débat sur le système politique le mieux adapté pour l’Ile Maurice: Quel socialisme ?

 

On parle beaucoup de pragmatisme des dernières années, mais le pragmatisme n’est pas une idéologie mais beaucoup plus une absence d’idéologie. L’économie de marché a prouvé ses limites, surtout avec la faillite des économies d’Europe et le crash des ‘Sub primes aux USA.

 

Les préceptes du socialisme sont omniprésentes dans le système politique local depuis fort longtemps, mais cela n’a pas été ainsi depuis toujours.

 

Ces acquis on été obtenus après  de haute lutte de la classe des travailleurs et des décideurs politiques qui auront laissé leurs empreintes sur l’histoire du pays.

 

L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes.

 

Dans son ouvrage, Le Manifeste du Parti Communiste, Karl Marx se livra à une analyse complète du rapport des classes dans différents types de sociétés.

 

La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois.

 

Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat.

 

Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

 

Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation dans tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées. Des industries qui n'emploient plus des matières premières locales mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des productions de l'esprit . Les œuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naissent une littérature universelle.

 

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l'amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation même les peuples les plus barbares. Le prix très bas de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle  façonne un monde à son image.

 

La bourgeoisie a soumis la campagne à la ville. Elle a créé d'énormes cités; elle a prodigieusement augmenté la population des villes par rapport à celles des campagnes, et par là, elle a arraché une grande partie de la population à l'abrutissement de la vie des champs. De même qu'elle a soumis la campagne à la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilisés, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l'Orient à l'Occident.

 

Pour en revenir à l’ile Maurice, le système bourgeois / capitaliste date de la colonisation Française, avec  une bourgeoisie Française qui était a ta tête des entreprises locales et avait le support total du gouvernement colonial. Cette tendance continua sous la colonisation Britannique. Les colons étaient les propriétaires sucriers alors que la grosse majorité des ouvriers étaient des ex-ouvriers engagés.

 

Le début du 20eme siècle vit une émancipation rapide de la classe ouvrière mauricienne dans le développement politique du pays. En Novembre 1901, le Mahatma Gandhi, sur le chemin du retour en Inde, séjourna pendant deux semaines dans l’ile. Il invita  la communauté Indo- mauricienne à s’éduquer et à participer plus activement à la vie politique du pays. Il dépêcha au pays un jeune avocat en la personne de Manilall Doctor qui aida à la formation politique des Indo-Mauriciens.

 

L’année 1910 fut une année d’intenses agitations politiques. La classe moyenne locale commença à se rebeller contre les oligarques, qui étaient les grands sucriers. Le Dr.Eugene Laurent, alors Maire de Port Louis, demanda à ce que le droit de vote soit étendu à la classe moyenne à travers son parti Action Libérale. Ce qui ne plut pas au Parti de l’Ordre d’Henri Leclezio.

 

1936 vit la naissance du Parti Travailliste. Les membres fondateurs furent le Dr.Maurice Curé, Jean Prosper, Mamode Hassenjee, Barthelemy Ohsan, Samuel Barbe, Emmanuel Anquetil, Godefroy Moutia et le Pandit Sahadeo.

 

Le Parti fut calqué sur le Parti Travailliste Britannique, ayant pour idéologie de défendre les intérêts de la classe ouvrière, avec des salaires décents et des congés payés.

 

Le Parti Travailliste tint 55  Conférences à travers le pays et demanda entres autres : le droit de vote pour la classe ouvrière, leur représentation à l’Assemblée Législative, un département pour s’occuper des droits des travailleurs et la fin de l’exploitation capitaliste des ouvriers.

 

La fête du travail fut célébrée pour la première fois en 1938. Plus de 30,000 ouvriers sacrifièrent un jour de salaire et convergèrent au Champ de Mars pour une démonstration de force.

 

Pendant la seconde Guerre Mondiale, les conditions de vie devinrent plus difficiles et les prix des denrées de base doublèrent. Il y eut des agitations sociales et des manifestations des ouvriers. Les travailleurs de la Sucrerie de Belle Vue Harel entamèrent une grève le 27 Septembre 1943. La police Coloniale fit usage d’armes à feu et il y eut 3 morts, parmi un adolescent de 10 ans et une femme enceinte, Anjalay Coopen.

 

Il y eut des pressions pour modifier la Constitution datant de 1885 où le droit de vote fut restreint à 4,061 votants dont 295 d’origine Asiatique sur une population de 359,419 habitants.

 

En Septembre 1940, le Dr.S.Ramgoolam fonda le journal ‘Advance’, qui réclama le suffrage universel, les réformes économiques et  la justice sociale. Le Dr.S.Ramgoolam écrivit toute une série d’articles sous le pseudonyme de Thumb Mark II et il croisa le fer avec les conservateurs de l’époque. Ses articles firent forte impression sur les intellectuels qui virent en lui un futur leader.

 

La Constitution de 1885 fut subséquemment amendée en 1947. Cette nouvelle Constitution accorda le droit de vote à tous ceux pouvant lire et écrire une simple phrase dans une des neuf langues en usage dans la colonie, élargissant du coup l’électorat de 2% à 38% de la population.

 

Le Parti Travailliste connut quelques changements à sa direction. En 1941, le Dr.Maurice Curé fut contraint à la démission et fut remplacé par Emmanuel Anquetil. Ce dernier mourut en 1946 et Guy Rozemont lui succéda jusqu’en 1956 quand il mourut à l’âge de 41 ans.

 

Les élections générales de 1948 virent la victoire du parti Travailliste sous la houlette de Guy Rozemont. Sur les 19 élus, 11 étaient des Indo mauriciens, mais, le Gouverneur Donald Mackenzie-Kennedy nomma 12 conservateurs  au Conseil afin de rétablir la domination des oligarques.

 

Aux élections de 1953, le PTR fit élire 13 membres contre 2 au Ralliement Mauricien et 4 Indépendants. Le Gouverneur Hillary Blood nomma lui aussi 12 membres au Conseil afin de rétablir la suprématie oligarque.

 

En 1958, le Dr.S.Ramgoolam prit les rênes du Parti Travailliste et mena le pays à l’indépendance en 1968.

 

A.J