La Femme en Politique

Ce monde ne connaîtra une sagesse par excellence qu’en traîtant l’homme et la femme sur un pied d’égalité - Subramaniya Bharadhiyar

 

La femme en politique, on en parle tous.  Révolu est le temps où la femme se cantonnait uniquement dans son rôle de fille obéissante, d’épouse serviable, et de mère de famille dévouée.  La femme d’aujourd’hui veut également que notre société reconnaisse ses compétences en tant que professionnelle, et surtout que la politique ne reste plus la chasse gardée de l’homme.  Comme quoi, la ‘femme de famille’ se veut également ‘femme politique’.   

 

Aujourd’hui, la femme mauricienne peut se permettre d’aspirer à faire ses preuves en politique, tout comme elle le fait déjà d’ailleurs dans d’autres filières, scientifique, économique, littéraire ou autre.  Les femmes chefs d’état, le monde en connaît déjà - Angela Merkel en Allemagne, Dilma Roussef au Brésil, Park Geun-hye en Corée du Sud, Ellen Johnson- Sirleaf au Liberia, parmi tant d’autres.  Chez nous, il nous reste un bon bout de chemin à parcourir. 

 

Pourtant, les premiers pas de la femme mauricienne en politique ne datent pas d’hier.  Nous pouvons être fiers de ces femmes mauriciennes qui ont contribué au fil des années à bâtir un pays plus égalitaire et plus juste.  Une femme en avant-plan, militante de l’égalité des chances, alors même que le pays sévissait toujours sous le joug du colonialisme, on en a connu.  Le combat d’Anjalay et l’émancipation politique de la classe des travailleurs à Maurice ne font qu’un.  La mort de cette femme-courage fut l’élément catalyseur pour la conscientisation politique de cette masse silencieuse, renforçant ainsi le Parti Travailliste. Maurice connut une première femme ministre des années après en la personne de Mme Ponnusamy toujours sous la bannière du Parti Travailliste. D’autres femmes, bien que n’ayant pas fait la politique active, ont apporté leur pierre de touche pour une société meilleure, à l’instar de Rada Gungaloo entre autres.

 

Une loi qui permet plus de représentation féminine au Parlement est une chose ; l’intégration de la femme en politique en est une autre, plus compliquée, qui demandera plus qu’une volonté politique. Déjà, pour la femme, s’engager en politique se doit d’être une démarche très progressive et réfléchie.  Trouver un juste équilibre entre gestion de famille et carrière politique requiert de la femme toute sa capacité de combattante.

 

Quoi que soit les barrières à franchir, la femme mauricienne ne peut se permettre de faire marche arrière.  Comme le dit si bien Michelle Bachelet, ancienne Présidente du Chili, ‘‘La politique gagne en qualité quand il y a des femmes.’’ La violence sexuelle, la violence domestique, l’inégalité de chances - la femme en est le plus souvent victime.  Qui d’autre que la femme est plus apte à réfléchir sur son bien- être ?  Et où ailleurs que l’arène politique pour faire entendre sa voix et transformer la réflexion et la parole en écrit et en acte? Car l’épanouissement de la femme passe inéluctablement par la réforme des lois, que ce soit le droit de vote, ou la protection contre la violence, ou la décriminalisation de l’avortement entre autres.

 

La tragédie de la femme c’est que le plus souvent, ou sinon en tout temps, l’homme décide pour elle.  Même pour que la femme puisse être partie intégrante de la prise de décision politique, c’est toujours l’homme, évidemment en majorité au Parlement, qui en décide le comment et le quand. La force féminine, si elle se manifeste, se réduit plus à une force revendicatrice que motrice.  La femme se retrouve contrainte à élever sa voix de l’extérieur.  Domination masculine, fragilité féminine, le refus de la femme de se mettre à l’avant, un complexe féminin façonné par une société chauviniste et perpétué par une faiblesse féminine - autant de raisons pour expliquer le retard de la femme en politique. Autrement, étant la population majoritaire au sein de notre société, la femme n’aurait pas eu besoin d’une loi pour qu’elle soit bien représentée au Parlement.  La femme prend certes du temps pour retrouver l’esprit libre qui sommeille en elle.  Cet état d’âme libéré de tout complexe est la force dont elle a besoin sur son parcours politique, et cela, la femme épanouie le sait et le veut.

   

Il nous faut reconnaître  que les codes de la vie politique ont été édictés dans un autre temps où la femme n’était que l’ombre de l’homme.  Aujourd’hui elle a la même envie de pouvoir, de réalisation et d’existence dans ce milieu qui lui était autrefois un univers à accès restreint.  Ouvrir les portes du Parlement à la femme ne suffira pas.  Il faudra aussi lui donner la chance d’assumer ses responsabilités.  Pendant des décennies, on voit la femme comme Ministre de la Femme, ou Ministre de la Sécurité Sociale. Pourquoi pas une Ministre des Affaires Etrangères, ou du Travail ?  L’évolution demandera donc que les portefeuilles ministériels ne soient plus catégorisés en portefeuilles masculins ou féminins, mais alloués sur une base de mérite.  

 

Est-ce que la femme sera appelée à s’adapter en milieu politique ou est-ce le milieu politique, comme il continue d’évoluer, qui doit s’adapter à la femme pour mieux faciliter son intégration ?  Entre progrès et préjugés, on a le choix.  Voulons- nous nous cloisonner dans un système du passé ou façonner l’avenir dont nous rêvons ?  De temps en temps, il n’y a rien de mal à contraindre le Parlement à penser au féminin.   Réfléchir plus loin pour permettre à la femme de faire sa place dans un monde souvent hostile à la féminité, il faut bien y oser. Une femme enceinte en politique, il faut s’y attendre ; le congé de maternité pour la femme députée ou la femme ministre, il faut y réfléchir; une facilité de crèche au Parlement, il faut y songer.

 

Faudra-t-il que la femme imite l’homme en politique ? Dans la vie quotidienne, les femmes ont tendance à être plus spontanées, réceptives et empathiques tandis que les hommes ont tendance à être plus sobres et pragmatiques.  Faut-il cependant systématiquement juger la femme par rapport à ses traits personnels ?  Il est vrai qu’on juge rarement l’homme, ce qui n’est pas forcément le cas pour la femme.  On dit plus souvent ‘jeune femme’ que ‘jeune homme’.  Si la femme sourit trop, elle n’est peut-être pas assez sérieuse pour la politique ; si elle s’impose et se montre autoritaire, elle est peut-être trop pudique et pas assez chaleureuse.  La politique pour la femme, c’est donc aussi combattre ces clichés.

 

La femme perd-elle sa féminité dans ce milieu très patriarcal qu’est pour l’instant la politique ? Il ne faut pas forcément se masculiniser pour apparaître plus crédible et assurée en politique. On peut assumer des responsabilités politiques tout en conservant ses particularités de femme.  Le comportement naturel de la femme, et non l’image, est peut-être l’élément qui fera toute la différence en politique.  Il n’y a pas lieu pour la femme de se faire homme pour faire la politique.  Un système politique plus responsable et empathique, c’est probablement la femme qui en détient les clés. ‘‘En politique, si vous voulez des discours, demandez un homme ; si vous voulez des actes, demandez une femme,’’ disait Margaret Thatcher.  A en croire la dame de fer, la femme en politique pourrait rendre l’homme stérile !  Nul besoin de craindre car en fait, en politique la complémentarité de la femme ne peut qu’être un dénouement favorable et un pas sûr vers une politique plus mûrie.  

 

La politique n’est pas un métier ; c’est une vocation ; c’est un destin qui découle d’une liberté de choix profonde ; c’est une vie dédiée à une cause.  Le rôle croissant des femmes et leur accession à des positions de leaders renforcera certainement la vivacité et le dynamisme de la politique et permettra à la femme ainsi qu’à l’homme d’évoluer dans un espace plus élargi et sain.  Tout est une question de choix et de regard. 

 

Danisha Sornum